"Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde" Gandhi

mardi, avril 14 2009

Etre ne quelque part c’est partir quand on veut revenir quand on part

….La page est tournee.  

Comment vous parlez de cette Inde sans tomber dans le panneau de l’experinece culturelle qui transforme, metamorphose, libere ? Comment retranscrire neuf mois de vie ici sans coller au classique du « c’est impossible!». Pourtant les mots manquent, leur paleur est accablante et ma voix demeure muette. L’indicible des sensations, des sentiments qui se logent au fond de moi, creusent des sillons et laissent des traces indelebiles. Et oui, cher auditoire attentif, vous qui m’avez fidelement suivi sur cette route, je ne peux m’extirper de ce flot de banalites : L’Inde transcende.  

Je croyais sauver les souvenirs en les incrustant sur le papier et, comble d’y croire, j’ai perdu mon carnet de route. Alors plus que jamais je sais qu’il est vain de vouloir graver les souvenirs autre part qu’ au plus profond de soi. Je crois que s’il fallait resumer en un mot mon experience indienne je devrais choisir «HUMAINE » car l’inde a ete pour le pire comme le meilleur un parfait laboratoire a ciel ouvert des relations entre nous autres les etres humains.  

Je m’etais convaincue que le plus difficile serait de rentrer, je crois ne pas m’etre trompee. Parce que les jours du calendrier se sont consumes, je dois ecrire le point final. Quand a tourne la page…  

Je vais quitter le campus de Mohuda , la campagne orissane,  

Il n’y aura plus cette eau qui n’est pas potable Il n’y aura plus ce charabia d’oriya que je ne comprends toujours pas Il n’y aura plus les pauses clopes avec Anna Il n’y aura plus mon petit chauffeur Shankar Il n’ y aura plus le sourire de Kumari Il n’y aura plus mes voisines les vaches Il n’y aura plus ces couchers de soleil Il n’y aura plus chaque soir ce ciel etoile Il n’y aura plus les cocotiers Il n’y aura plus le trajet du bus quotidien jusqua Berhampur Il n’y aura plus les petits plats de Nana Il n’y aura plus les fou-rires avec Lena Il n’y aura plus les debats politiques avec Agathe Il n’y aura plus de Bindi entre mes deux yeux. Il n’y aura plus les regards qu’ils veulent tout dire de Matt Il n’y aura plus d’accroc sur mon nom Il n’y aura plus de pastèque a 0,30 cts d’euro le kilo Il n’y aura plus le ronronnement des ventilateurs Il n’y aura plus la folie de Gobardan Il n’y aura plus leurs sempiternels gourous Il n’y aura plus les délicieux Puri et Jelapi Il n’y aura plus la morosité de la salle informatique Il n’y aura plus le sourire de la comptable et mes factures de téléphones salées Il n’y a aura plus ces valises que l’on fait et l’on défait Il n’y aura plus GV écrit sur tout le mobilier Il n’y aura plus au loin les collines Il n’y aura plus le chant des fontaines a eau Il n’y aura plus le fermier muet Il n’y aura plus le tike tike Il n’y aura plus la trace de mes pieds nus sur le sol Il n’y aura plus la chambre numero 8 Il n’y aura plus les bieres de 75 ml Il n’y aura plus les « how was your day ? » Il n’y aura plus le balcon de Gloria Il n’y aura plus la horde de chiens sauvages Il n’y aura plus les lassis Du « Sahu drink center » Il n’y aura plus la rue des saris Il n’y aura plus les pauses tchai de 10h30 et 15h30 Il n’y aura plus Joyo mon prefere Il n’y aura plus cette organisation dejantee Il n’y aura plus ces dimanches matin « lessive » Il n’y aura plus mes collocs les araignees Il n’y aura plus les tours de moto avec Arun Il n’y aura plus les blagues de Jacob Il n’y aura plus les sentiers ombrages par les immenses manguiers  

Je quitte l’immense maison et la grande famille… …je laisse un bout de moi quelque part …je laisse un bout de vie ici  

Merci Gram Vikas  

…je rentre

150 femmes, 150 visages, 150 histoires… MERCI

Encore une fois l'inde m'aura offert le pire comme le meilleur! L’Inde des extremes qui fait passer du rire aux larmes ! La patience a ete le maitre mot de ce periple! Ils m'ont mis les nerfs en vrac ces enfoires! Bien sur, je savais qu’a Gram Vikas il n’y aurait pas que des personnes magnanimes ou misanthropes mais ... tout de meme...Une sacree bande de faineants qu'il faut sans cesse rappeler a l'ordre comme des enfants! Je pense qu'ils sont desormais soulages, la demone est enfin partie! Je ne veux pas diaboliser l'affaire mais ecouter un peu la suite. Le debut s'annoncait tres prometteur, tout le monde s'engageait a me supporter coute que coute pour mener mes activites  ...yes no probleeeeeeeeeeeem... Desormais connaisseuse des ressorts indiens je me mefie, demeure sceptique et reste sur mes gardes... ne jamais en attendre trop sinon on risque d'etre decue! Quelle perspicacite et clairvoyance Clementine! Les choses se sont petit a petit gatees jusqu'au petage de plomb...bon maintennat les gars on arrete les conneries!  

Lundi devait debuter mes trainings pour les Self-help groups, je devais donc me rendre a Chudrangpur a 10h... finalement depart 11h30 apres que tout le monde est pris son petit dej tranquillement, courru ici et la pour regler des broutilles, et regler a la derniere minute les questions de logistique! Sasmita ma traductrice et ma partenaire de travail pour ces trainings a rate son bus (ou plutot feint le rater!). Il faut donc attendre le prochain bus qui est seulement a 15h. Je vois mes chances de commencer la session de trainings aujourd'hui s'amenuiser peu a peu...je peste RRRAAA... alors j'entame ma petite lecon de morale : C'est pas serieux, les femmes sont en train de nous attendre depuis 10h, vous connaissez le mot RESPECT?? Mais je peux lire dans leurs pensees :  c’est pas bien grave, ‘peuvent bien nous attendre ! deja on travaille pour Gran Vikas c’est pas mal!... je deviens folle de rage...endosse mon sac a dos et leur jette : « bon vous faites ce que vous voulez les gars mais moi j'y vais! » Noooo stop it ok ok ok… mon air menacant a porter ces fruits nous voici ENFIN en route.

Aller aller, ne pensez pas que je suis une impermeable aux differences culturelles et que je ne joue pas le jeu de l’adaptation et du relativisme culturel! Je vous jure j’ai pris sur moi autant que je pouvais, ils m’ont suce la patience jusqu’a l’os… Nous arrivons a Hirkrima, halte non prevue au programme… en fin presque! Figurez vous qu’on m’a fait un pti dans le dos! Oui…un meeting vraisemblablement “imprevu” et “inopportun” avec les pontifes du gouverenment etait prevu en ce lundi a Hirkrima et mon equipe de loustics preferent glander toute la journee en ecoutant ces officiels nous bassiner avec leur serenade plutot que d’aller a Chudrangpur travailler! Je reste polie… et essaie de positiver. Ce meeting est egalemnet dediee aux SHG, après tout ce n’est peut etre pas si inutile. Mon avis aura bien sur tres vite change : de la foutaizzzzze! Nous avons ete le cul poser sur nos chaises en plastique blanches pendant des heures, nous avons manger autant que ce que notre estomac est susceptible de pouvoir absorber et nous avons ete l’objet d’un culte meprisable, beurrrk. Avoir une blanche a leur cote! Ils se sentent plus pisser! Tout va pour le mieux bien sur!    

    Tiraillee de toutes parts par ces forces centrifuges, Mesdames et Messieurs, on garde le sourire et on serre les dents. Il a fallu que je jongle entre la negligence et du staff de Gram Vikas, le messianisme tapageur des pasteurs, l’oppression de la structure hierachique des communautes villageoises et le timimg indien, ahhh la temporalite indienne !!! Un vrai combat de coq ! Ne voulant etre le petit pousin noir du poulallier, j’ai donc fait entendre ma petite voix. Pour sure j’aurai pu crier encore plus fort mais je doute que le fracas de mes aliterations n’atteignent leurs oreilles pour autant. Alors pour exutoire je …respiiiiiiire. A defaut d’exploser je prends un ton ironique qui les agace profondement et je brandit la menace «  Chitra », manager number 2 de Gram Vikas et responsable de ce projet ! Comme les superieurs hierachiques sont veneres et craints comme les dieux hindous, ca marche du tonnerre ! Bref ! me voila roder ! Brave gens, je le clame haut et fort je suis desormais adaptable a toutes les situations possibles inimaginables. En deux semaines j’ai eu la possibilite de tester mille et une fois mon caractere et mes nerfs ! Je peux vous l’affirmer ils sont solides, du roc ! Parce que dans ce monde qui tourne carre il vaut mieux s’armer d’un bouclier solide. Tel le chevalier vaillant, la derniere epopee de Clem dans les villages s’acheve ici. Et pourtant j’aimerai tellement que ce conte de fee ne se soit jamais termine…    

Bien sur j’ai survecu et je garde un merveilluex souvenir de ces 15 jours mais un gout amer me reste au fond de la gorge ! Mais qu’importe la sauce etait sucree, tres sucree… sucree parce que les femmes sont joie, amour et espoir, sucree parce que j’ai depose ma goutte d’eau dans l’ocean et parce que les milles et unes decouvertes que m’offre chaque sejour dans les villages est inestimable. Chudangpur, Sialelati, Gilakota, Juba et Dundrum, six villages, six histoires. Six microcosmes, six terres de vie. 150 femmes , 150 visages, 150 recits  

Il est 6h00. Le quincaillement des gamelles et le crissement de la cendre sur l’etain me reveillent doucement. Une dizaine de femmes sont reunies pres du puit en contrebas du village et lavent leurs ustensils de cuisine tandis que les ptits culs nus s’ebatent sous le jet d’eau en arrosant leurs meres qui pestent et les chasses d’un coup de spatule!  La brume epaisse couvre d’un epais tapis blanc le toit en chaume des maisons. Le soleil encore cache derriere les collines fait scintiller leurs cretes et ambre le ciel deja d’un bleu eclatant. Les hommes, une couverture sur les epaules, sont assis sur le pas de leur porte et machouille un petit bout de bois dont la seve est appreciee pour ses proprietes curatives et sanitaire. Les fleurs de mahula sont etendues par nappes sur le sol et forment un patchwork colore entre les maisons. Une grand mere collecte les fleurs les plus seches et les entassent delicatement dans sn panier en bamboo. Demain, vendredi, son fils parcourera 8 kms a pied pour aller les vendre au marche local.  Juba est un village tribal niche au creux des ghats septentrionnaux de l’orissa. Ces habitants vivent essentiellement de la culture de bogoda, champs situes sur les versants des collines ou les fermiers utilisent la technique “slash and burn” (litterallement couper et bruler) pour investir les terres et les rendre fertiles. De ce fait, En ce moment les debris et restes de la recolte precedente sont coupes et des feux geants sont organises tous les soirs pour eclaircir les terres. Dans ces champs sont cultives principalement des graines telles que Mandia, Kosala, Kandul qui constituent le regime alimentaire de base des populatiosn tribales. Si cette methode tarditionnelle s’adapte parfaitement aux conditions geographiques et physionomiques de la region elle menace toutefois ces localites par la deforestation qu’elle provoque et l’erosion des terres qui en decoule. Des mesures doivent donc etre prises pour render soutenable cette technique traditionnelle. Gram Vikas travaille avec ces populations sur un prjet de “social forestry” et de terassement des terres qui permettront une reforestation et une fortification des terres de facon a lutter contre ces problemes. Le rideau de fer de la petite boutiaue du village est ouvert dans un grincement stridant, une queue se forme derriere le comptoir, chacun son sac a provision a la main. Riz, epices, sel , huile sonty distribues dans le cadre du programme PDS (Programme gouvernemental d’aide alimentaire).    

Sasmita, ma coequipiere de travail, se reveille a son tour. Les bras ballants, les cheveux ebouriffes, nous prenons notre seau et notre savon puis nous nous enfoncons dans les bosquets pour notre toilette matinale. Quelques femmes et leurs enfants nous rejoignent.  J’aime particulierement ce moment parce qu’il me permet de percer les mysteres de la vie feminine. La toilette est un art, que dis-je un savoir faire, comment se laver sans montrer le moindre bout de peau? A l’ombre des bananiers entre deux rochers imposants nous profitons d’une sorte de marre pour puiser de l’eau. A voir la couleur de l’eau je me demande alors si je vais reellement etre plus propre après mon bain! Drappees de leur large robe de chambre les femmes entament une toilette methodique tout en faisant attention a ne pas se laisser avoir par les regards inquisiteurs. Je m’essaie a la technique du “tu te laves tout habille”… apparemment j’ai encore pas mal de progres a faire en temoigne le petit rire narquois qui me dit “Et oui ma Belle c’est pas la tasse de the mais faut faire avec”. A la fin de leur toilette, les femmes ecrasent du gingembre entre leur mains et se couvrent le corps de cette mixture qui est tres efficace contre les infections de la peau. Elles ressembent alors a de fraiches carottes, le gingembre tout jeunement cueilli libere une seve qui rend la peau orangee.   

 Quand nous revenons au village, une femme nous invite chez elle et nous offre du tchai brulant ainsi que des galettes de kangula dont le gout s’apparente quelque peu a nos galettes de sarazin. Le maitre d’ecole en conge perpetuel ou plutot en repos compense annuel a enfin decider de tenir classe aujourd’hui (sans doute sous la pression de l’oeil srutateur de la visiteuse blanche!). Ayant subsituer son costume gris a son lunghi (tissu traditionnel que les hommes porte comme une couche), le maitre d’ecole fait alors sonner la cloche pour sommer les bambins de se render immediatement en classe. Les petits gosses arrivent au compte goute, uniforme debraille, serre-tetes assorti a la tenue, cheveux mal peignes et ardoise sous le bras. Une demie –heure plus tard seulement dans un tohubohu juvenile, Mr Sampati tentera tenir en haleine ces 46 marmots de 6 a 11 ans !  

Pendant deux jours nous avons organises avec les femmes de Juba un training destine a consolider les Self-Help Group tout nouvellement crees. La session etant achevee, nous entamons une dernier discussion avec les habitants avant de prendre nos sacs a dos pour entamer les trois quert d’heure de marche qui nous meneront jusqu'à Dundrum, prochain village fxe a notre planning. En chemin, nous nous arretons un instant pour assister a une demonstration de la methode SRI (System of Rice Intensification) experimentee par un des paysans de Juba. Cette methode est une revolution des techniques de culture rizicole en provenance de Magadascar destinee a intensifier les rendement de riz tout en preservant l’environnement. Finis les engrais et pesticides ! seulement une association de plantes qui permettent la fixation du nitrogene et qui agissent comme engrais naturel. Puis une disposition des plants de riz suffisemment espaces et une labour reguliere entre les plants pour revitaliser regulierement le sol. Au final, 3 fois plus de rendement, 2 fois moins de temps et plus besoin de poduits chimiques ! Un peu plus loin, nous aidons une femme a hisser sur sa tete un ballot de paille geant qu’elle doit ramener au village pour nourrir le betail. Quelques minutes plus tard, nous entendons le « aick aick » du  « community herder », berger du village qui helle les chevres et les emmene paitre dans les patures voisines. Avant d’atteindre Dundrum nous nous rafraichissons en plongeant nos ptits pieds dans un filet d’eau, reste d’un riviere qui n’est pas encore tout a fait assechee mais qui dans quelques mois se sera evaporee pour laisser son lit vide et vaseux. Quelques femmes battent le linge et font bouillir des longes. Elles etendent ensuite leurs saris sur les buissons et branchages bordant la riviere. Enfin, nous atteignons Dundrum ou les habitants nous acceuillent chaleureusement : Namaskar, Namaskar, Namaskar !  

Le debut du training est prevu a 10h00 mais comme tout timing indien qui se respecte il nous faudra attendre 12h30 avant de reunir toutes les femmes dans l’eglise et debuter le programme. Parce oui, dans le district de Gajapati, les populations tribales sont chretiennes (chercher l’erreur ?!!!). Il y a quarante ans ces popultaions se sont converties au protestantisme sous l’aile protectrice des Peres Blancs, prechant leur bonne foi et promettant des jours heureux. Voila donc nos aborigenes de l’orissa portant la croix de Jesus autour du cou ! Beau tableau de synchretisme ou pathetisme de evangelisme forcene ? 12H30 disais-je nous voila reunies. Une quarantaine de femmes, une quarantaines de saris colores, et presques autant de bambins ! Un coup de balai rapide, puis les nattes en bambou sont disposees au sol, tout le monde s’assoie en cercle…La seance s’ouvre par un petit rituel symbolique, des encens sont allumes et tout le monde entonne un chant. Les voix resonnent dans les parois de l’eglise, une atmosphere feerique est en train de naitre…Puis je me presente et explique la raison de ma presence en baragouinant quelques phrases en Oriya : «  Moro namo Clementine, Mu France rou assouchi, Moro boyoso equiz bolso, Mu Gram ViKAS ore satomasse ela komo korouchi… » Ca a le merite de faire rire toute l’assemblee ! Vous rigolez mais j’ai fait de sacres progres en Oriya durant ces quinze jours ! et pas qu’en Oriya ! Je sais a present dire « je mange du riz » dans quatre langues differentes ! dans ces tribus, les poulations continent de parler leur langues vernaculaires : Saura, Koui, Dongare. Nous enchainons par la suite, jeux, discussions, scenes de theatres et debats. Je me metamorphose en corbeau puis en cigale et en fourmi avant de devenir le lievre et la tortue ! Me voila en train de jouer la comedie et de mimer ces petites lessons de morale… S’essayer au theatre muet n’est pas tant aise mais ca amuse la gallerie et retiens l’attention, le message passe mieux quand je fais le pitre et revet mes talents de comedienne !! Puis nous devenons plus serieux, voila que nous entamons les chapitres des regles de vie au sein du groupe, regularite des reunions, contributions finacieres mensuelles, etre a l’heure, rembourser son prêt tous les mois, faire tourner le leardership, promouvoir le consensus pour la prise de decision… Attentives les femmes ecoutent et participent. Le telephone arabe pour expliquer l’importance de la communication, la fable de la cigale et la fourmi pour expliquer la necessite d’epargner de l’argent…un journal peut etre facilement dechire, une pile de journal est incassable pour souligner la force de l’unite, la main, la bouche et l’estomac decide de faire greve, apres quelques jours c’est tout le corps qui s’effondre pour signifier que chaque membre du groupe represente un organe et que le SHG est le corps, si une des femmes n’assume pas ses responsabilite, tout le monde en patit…  

Le fumet du curry arrivent jusqu’a nos narines. A l’approche de l’heure du dejeuner, les ventres se creusent et l’attention dinimue, on finit la seance de la matinee par un Beret… une fois la session close toutes femmes se precipitent pour aller chercher leur assiette et une queue se forme derriere les gamelles de riz. Assis a l’ombre d’un Jackfruit tree nous degustons notre repas. On se moque de mon appetit de moineau, bien que l’on me serve une quantite de riz indigeste ! Allez Didi, « Pato Kiali » (reprend du riz !) (Didi signifie « sœur » et est l’appellation que tout le monde utilise pour interpeller une femme, une amie )…Puis on me prend par la main, on me fait assoeir sur un minuscule tabouret en bois. Je suis invitee a boire le the chez l’une ou l’autre, on touche mes mains, on osculte mes bras (qui leur semble bien grasouillets !). Mes bijoux les intrigue : Rupa Rupa ?? Avec mon pauvre Oriya j’essaie de leur parler de ma famille, mon frere un fermier qui possede 40 « gai » (vaches) et ma sœur une  sorte d’« Anganwadi didi » (Anganwadi Didi est une femme employee par le gouvernement qui reste dans les villages et qui s’occupe principalement du suivi medical des enfants. Elle traite les problems de croissance, la malnutrition, et delivre des vaccins. Elle a essentiellement un role de sensibilisation aupres des populations) qui s’occupe des Maousi ( Nom affectif que l’on donne aux grand-meres). Quand je leur dit « Papa, Ma France assichi” elles me regardent avec pitie et pointent de leur doigts mes yeux pour symboliser les larmes. Puis une femme me prend par le bras..hop hop hop je suis entrainee dans les sentiers. Seance botanique ! J’apprends le nom en Oriya de tous les arbres, fleurs, plantes, graines, oiseaux, poules et chiens qui trainent dans les parages. Puis il est deja 15h30, le meeting doit reprendre. Nous rentrons au village, nous nous dechaussons et rentrons dans l’eglise fraiche. Apres le dejeuner, tout le monde est assoupi, il faut donc dynamiser le groupe, quelques exrcises de yoga, un jeu energisant et hop c’est reparti.  

Vers 17h00, le meeting prend fin ou plutot, on me somme de le conclure le plus rapidement possible! Le « Fatheur » fait appel a ses fideles… tout le monde accourt sans broncher… si Mooosieu le demande ! Un jeune homme propre sur lui, vetue d’un polo rose, la Bible a la main et le chapelet autour du cou, pieu attendant du Pasteur, ordonne aux femmes de se rendre immediatement pres de la demeure du grand prestidigitateur. Ne faisant pas le poids face au Goliath de la religion je conclue a la va vite l’exercise que nous etions en train de faire et reporte la fin du training a plus tard. Je me fais alors embrigader et me retrouve contrainte a suivre le cortege qui s’elance vers le calvere. A la tete du cortege, Monsieur le pasteur vetu de son aube blanche, figure typique du missionnaire, le meme que l’on trouve dans les livres d’histoire ! Ce prete pansu et portant d’epaisses lunettes. 15 arrets, les 15 stations du chemin de croix. 1h30 ! Une des femmes du village traine une enorme croix en bois, tout le monde s’agenouille et repete ces paraboles apprises par cœur… reflexe conditionne, surtout ne penser pas c’est trop dangereux ! J’observe le spectacle avec ecoeurement . C’est tellement petit, s’en prendre aux plus faibles, maintenant qu’ils sont devenus corriaces et reticents chez nous, allons eduquer les sauvages ! S’il m’est parfois difficile de regarder en face la misere materielle, je crois qu’il n’y a rien de pire pour moi que l’exploitation de la misere intellectuelle a des fins proselytes. Profanateurs du cruxifix, gourou de notre millenaire, S’IL VOUS PLAIT, epagnez-nous vos serenades et arreter de coloniser leur imaginaire ! La religion …salvatrice ? parce que « croire » les soulagent me direz-vous … sans doute… Il faut bien puiser l’espoir quelques part.. mais dans cette religion qui annhile et paralyse, qui empeche de se penser comme acteur de sa propre vie et qui n’est qu’un moyen de domnination de l’homme sur l’homme ? excusez je la vomis. Parce que Monsieur le prete habite dans une petite demeure luxueuse et bouffe de la viande tous les jours ! Parce que Monsieur le pretre leur lave le cerveau en pretextant que le travil de ONG est seulement sur le papier ! Pfeuuu Gram Vikas veut construire des toilettes! quelle idee stupide ! en attendant Monsieur a son propre trone chez lui ! Son discours est pitoyable et reprend un l’air connu du grand Brel: « chez ces gens la, on ne pense pas monsieur, on ne pense pas on prie » .  

Difficile de passer de la grand messe au petit meeting apres toutes ces sempiternelles elucubrations ? Un dernier rendez vous, nous nous reunissons au milieu du village. Ce soir, coupure d’electricite, nous nous eclairons alors a la bougie. Il se fait tard, les femmes doivent rentrer a la maison preparer le diner, les « au revoir » doivent etre brefs. Un dernier chant tous ensemble, ce chant quelles ont eu la patience de m’apprendre et qui parle du petit « Djissou » (Jesus). Nos derniers mots, un grand merci, un feedback emouvant…On se rememore ces deux jours passes ensemble, les femmes nous racontent ce qu’elles ont appris, ce qu’elles ont retenues. Les moins timides et plus alertes prennent leur courage a deux mains, se levent et prennent la parole devant tout le monde. A Sialelati, une femme tellement emue s’est mise a pleurer en nous remerciant. Alors une petite voix me sussure : women empowerment ?  Se tenir sur ces deux pieds et etre capbles de dire : « Je sais et je fais » ELLE, femme de Sialelati qui ne sait peut etre pas ecrire son nom mais qui a ppris a le faire valoir et a le clamer haut et fort. ELLE, Jaranaha Mashri, membre du SHG Maa Tarini, demain ELLE marchera. Applaudissement, chants, rires…Eh Didi, vient danser avec nous! les hommes nous rejoignent, on sort les tambours et le village se transforme en un petit festival nocturne. C’est doux…  

Je dois deja repartir, je les serre dans mes bras, ma gorge se noue, retiens tes larmes ma Belle !  

150 femmes, 150 visages, 150 histoires… MERCI