Bonjour tout le monde !




De retour a Gram Vikas plus tot que prevu… les innondations ravagent la region… cest pas folichon ! Apres les turbulences politico-religieuses c’est au tour des conditions meteorologiques de nous mettre des batons deans les roues! La situation est en effet alarmante en ce moment en Orissa, la pluie ne cesse de faire des siennes et de nombreux villages sont totalement innondes ! Je suis donc rentrée dimanche dernier de Kalahandi parce qu’il etait impossible de rester dans les villages et les voies de communications sont desormais impraticables.




C’est avec grand regret que nous sommes revenus a Berhampur… car nous avions commencer a faire reellement du bon boulot avec les villages tribaux! Je pense qu’apres ce que j’ai vu, vecu et compris je peux dire que je connais maintenant l’Inde, sa pauvrete, son denuement. Les villages avec lesquels nous avons travaille sont totalement isoles, depourvus de toutes infrastructures et confrontes a des conditions geographiques et agricoles plus que difficiles. Ainsi la majorite des familles de ces villages connait l’insecurite alimentaire, certaines ne mangent convenablement que trois mois dans l’annee. Il suffit de voir la maigreur des enfants, les stigmats de la malnutrition, les ventres ronds et les maladies de peau pour comprendre que le regime alimentaire de ces populations est quantitativement et qualitativement deficient. Ces villages sont situes dans les regions montagneuses de l’ouest de l’orissa…une merveille pour les yeux, un calvaire pour l’agriculture. Les terres sont peu fertiles, les cultures sur les pans des montagnes souffrent de l’erosion des sols et les rizieres sont infestees par des insectes ravageurs ! Par ailleurs, ces populations sont victimes du marche dont ils maitrisent mal les mecanismes, des proprietaires terriens qui les exploitent et d’un analphabétisme et d’une pénurie en terme scolarisation qui les confinent dans l’ignorance.




Les villages sont excentres des routes principales, nous avons donc fait beaucoup de deux roues (….je ne sais pas combien de fois j’ai cru que ma fin etait proche !!! Cest pas de la moto ici c’est du rally !), de randonnees pour aller d’un village a un autre. Nous avons grimpe les collines, crapahute dans la jungle, traverser des dizaines et des dizaines de ruisseaux (avec une chute memorable la premiere fois !)… indiana jones en orissa, que d’aventure comme le dit si bien Dab le coordinateur !




Niveau hygiene sanitiaire…hum hum je vous laisse imaginer !…deux douches en deux semaines…et encore si on peu appeler cela des douches. Peu importe, tout cela est compense par le plaisir d’aller tous les matins se rafraichir dans le ruisseau situe en contre bas du village, par la vue agreable du champ de mais comme lieu fetiche pour faire ses besoins. Dans le dernier village ou nous avons reside, les deux puits etaient defectueux, on a donc bu de l’eau…. disons trouble et jaunatre… mais robuste que nous sommes …meme pas une petite diarrhee !! Nos compagnons de route, les deux coordinateurs ont par contre eu tour a tour la malaria…




En ce qui concerne le logement, nous avons eu bien des occasions de rire. A Shindibata, les thermites pleuvaient du toit et nous jouons a colamaya pour nous retrouver dans le nuage de fumee qui envahissait la piece chaque fois que l’on faisait a manger. Mais la cerise sur le gateau a ete a Jamchaun quand nous nous sommes reveilles deux matin de suite dans une patogeoire, le toit de l’ecole etant …disons…aere ! Mercredi, la situation n’etait plus « vivable », Arto est donc venu a notre rescousse ! il a reussi a denicher un 4X4 pour nous recuperer ! Nous nous sommes reveilles totalement trempes gueunes ! La pluie avait deja recouvert tous les champs des environs, la route etait ensevelie sous l’eau, les riviere debordait de son lit et les champs de mais … etaient meconnaissable ! Aie aie aie emmitoufles dans nos couvertures, nous avons lache un soupir de soulagement en voyant le vehicule arrive !




… N’aller pas croire que je veuille dresser un tableau noir ! Ce que je retiens principalement de cette experinece c’est la convivialite de nos rencontres (souvent rendues joviales par la consommation outranciere de Mahula par les habitants, un alcool local tres tres fort !!...), la simplicite des rapports humains, la richesse de nos echanges… j’ai enormement appris sur la culture tribale, le quotidien des gens, les questions de sante, d’education, sur les programmes gouvernemetaux, la structure des marches ... Notre travail prend vraiment forme, nous avons recolte beaucoup beaucoup de donnees et nous avons plein d’envie et de motivation pour poursuivre dans cette voie !




Enfin, ces experiences dans les villages ne seraient pas aussi belles et enrichissantes si j’omettais de vous parler de la vie en communaute, de mes comperes avec lesquels j’ai partage mon quotidien ! La bande des quatre ! Je me suis faite surnommee « Clicli », clementine etant une torture a prononcer pour eux ! Je ne sais pas si je suis chanceuse ou si les indiens sont tout simplement adorables mais encore une fois j’ai pu nouer des rapports chaleureux, simples et conviviaux. Tous les matins, nous nous faisions reveille par un « Bongchou » (autrement dit ‘bonjour’ avec l’accent indien !) et par un petit air de musique indienne …insupportable et stridente… mais tellement indienne ! Des tonnes de fou rires avec Matt parce que les indiens ont toujours comme reponse a vos questions : « let see what happens », « data are always data » ! on s’est bien souvent arracher les cheveux pour obtenir des informations plausibles !… mais c’est le jeu ma pauvre Lucette ! (nest ce pas ma lolo)




Un regal pour les papilles, les villageois nous ont fait gouter plein de petites specialites tribales : Niger, Mandia, feuille de Tamarind, graines de Bira…. C’est sans oublier ces Guavas, fruit amer et granuleux que nous chachions deliberemment et discretement avec Matt pour eviter de les manger. Un spectacle pour les pupilles, les femmes tribales sont parees de somptueux bijoux artisanaux : des anneaux a l’extremite desquels sont suspendues de petites pierres rouges pendent a leur narines, des colliers en etain et en perles grossieres habillent leur cou denude, et des tatouages colorent leur peau marquee par le temps et a durete du labeur.




Quelques petites touches épicées, des péripéties ubuesques comme cette lettre d’amour qu’un inconnu m’a ecrite dans le train pendant que je dormais, vantant mes doux yeux bleux (sans doute etait t-il daltonien !) et me nommant dear darling faute de savoir comment je m’appellais ! Sans est suivi un réveil brutal par le policier grommelant des sons animaliers et me menaçant la matraque a la main : « Ticket Madam ! ». Les trains et les gares sont particulièrement propice a des rencontres toutes aussi déjantées les unes que les autres… nous avons decide de commencer la collection de cartes de visite, notre peau blanche est une marche prometteur sans doute !…Et combien de fois on nous a propose des cigarettes qui font briller els yeux…ok Matt a les cheveux longs et moi j’ai une « boy cut »…mais quand mm !




« Lost in translation », tel aurait pu s’intituler notre periple in Kalahandi ! Combien de quiproquos, de contresens, de traductions a l’envers (faut dire que le melange franco-hispano-anglo-oriya ne rend pas la tache aisee !) Des anecdotes croustillantes comme cette addition au restaurant qui nous etait en fait destinee, et ce petit dejeune ou nous avons eu droit a une double portion, la connection entre le serveur et nous ayant souffert de quelques interferences !



…tout cela pour vous dire que je peux maintenant chanter avec un superbe accent americain, cuisiner un Kiri hors pair, porte un Sari avec la plus grande classe du monde, oser ne pas me laver les cheveux pendant 6 jours d’affile…Je suis maintenant certaine que je suis addicto-dependante au tchai, que je peux resister a des doses extremes de piment dans mes plats, que le mais grille est succulent, que je suis une pro au Rami et au Speed (clin d’œil a mes nassals du voyage) …que la vie est belle, que chaque minute est unique …et que … les petits plaisirs de la vie ne sont pas grand choses… ou en tout cas a des kilometres de considerations televisuelles, consumeristes, et metaphisico vides de sens !!