Namaskar!

Et oui, ne vous étonnez pas c’est bien moi ! L’Inde et ses retournements de situation, l’Inde et ses changements de programme, l’Inde le pays de l’improvisation en continu ! Vous ne vous attendiez pas a ce que je revienne si vite… pourtant je suis bien la, au campus de Gram Vikas ! Laisser moi vous donner quelques explications. A l’origine il était prévu qu’après notre semaine de vacances nous passions au minimum deux semaines dans les villages de Kalahandi pour achever notre travail sur la sécurité alimentaire. Cependant, notre séjour dans les villages a été écourte car le staff est en ce moment submergé par de nombreuses obligations : un meeting par ci, une formation par la, des bécanes qui tombent en rade… Pas assez de temps à nous consacrer et… après avoir testé 3 jours dans les villages seuls sans traducteur, je pense que nous avons bien fait d’abandonner ! La communication gestuelle a malheureusement ses limites ! Mais d’abord… commençons par le commencement… faisons marche arrière un instant. Me voici transporter à Bhubaneswar ce lundi 6 octobre. J’y aie retrouvé comme prévu Nayan ! Toujours le même, il n’a pas change ! nous avons cherche pendant une demie heure la maison de son ami chez qui nous logions en tournant en rond dans le labyrinthe que constituent les ruelles du quartier résidentiel en banlieue de la ville. A chaque intersection, il était convaincu que cette fois- ci il avait trouve la bonne rue, mais après quelques mètres… les prémisses d’une longue hésitation commencaient, il s’interroge « Am I right ? » Je hausse les épaules et éclate de rire !

Des le lendemain matin, nous entamons la longue série de transports en commun pour atteindre son petit village natal. Nous nous frayons un chemin dans les bus bondes et nous nous glissons dans les jeeps surpeuplées puis nous parvenons enfin jusqu’au petit hameau. Nayan habite une maison « confortable », une maison de classe moyenne avec eau, électricité et TV mais qui reste malgré tout une maison bien indienne : on y mange par terre et on prend sa douche sous le petit porche dehors! Des mon arrivée j’ai été invite a faire le tour du pâte de maison. Ca a été pour moi l’occasion de rencontrer les anciens camarades de classe, le vieux communiste du village pilier du parti depuis 45 ans, les voisines, les sœurs (les « Didis » comme il les appelle), les maîtres d’école, le coiffeur, les amis des parents et toute la clique…C’est incroyable comment le poids de la vie communautaire est ancrée dans les mentalités… tout le monde connaît tout le monde et il est totalement irrespectueux de croiser une connaissance sans entamer la discussion.

En fin d’après midi, en route pour une visite guidée des célébrations Puja dans les alentours. A trois sur la moto (Nayan, son pote et moi), le pèlerinage consista a faire escale de Mandavs en Mandavs. Les Mandavs sont des énormes chapiteaux installés dans chaque village et abritant des décors tous plus fous les uns que les autres. Surmontes d’un fronton aux couleurs vives et scintillantes, ces chapitraux abritent des statues dont la plupart représentent la déesse Durga. Les sculptures expressives, les décors fleuris, torsadés et romanesques chargent l’ensemble d’émotion et dégagent une tonalite typiquement indienne. Dans un des villages, j’ai pu assiste au rituel de la cérémonie dédiée a la déesse. Les tambours ont commencé à résonner, les cymbales ont entamé leurs danses frénétiques, les flûtes nasillardes se sont emballées et les prêtres ont entonné leur chant de leur voix montait à la gorge. Paillettes, peintures, or, soie, encens, fleurs, bougies, cymbales, lumière, guirlandes, noix de coco…un mélange éclectique, colore et assez kitch ! Je pense que le meilleur moyen d’imaginer l’ambiance qui règne durant ces festivités est d’imaginer ce que peut être un mélange entre kermesse, fête foraine et fête religieuse.

Notre dernière étape nous a mené au milieu d’un énorme champ de boue en pleine nuit. Ici, les villageois avaient vus grand et haut en couleur ! Une immense scène avait été installée pour que des pièces de théâtre y soient représentées. Des enfilades de vendeurs étaient agroupes un peu partout et essayaient de vendre a peu près n’importe quoi. Ces célébrations Puja sont véritablement l’occasion pour les villageois de se retrouver pour festoyer. Au milieu de la nuit, des centaines de personnes s’activent, communient et se réunissent autour de ce tohu-bohu insensé, délirant et chaotique. Ce mélange titanesque est assez déroutant, j’en ai pris plein les yeux et les oreilles !

Le lendemain, à nous sommes assis à l’ombre d’un arbre Bania (cet immense arbre parsemé de lianes et abris privilégié de nos amis les singes) et nous avons admiré les ruines de cet ancien temple qui trônent en hauteur sur le plateau. Ensuite, une longue série de kms sous un soleil de plomb, nous devons atteindre Bhubaneswar en moto. La capitale de l’Orissa est une de ces villes que je déteste, un trafic dense, un capharnaüm monstrueux, une vie hectique ! Nous nous dépêchons pour voir le fameux temple de la ville illuminé, puis nous mangeons une pizza et buvons un lassi…je suis lessivee !

Jeudi 9 octobre. Je rejoins ensuite mes deux lascars Matt et Agathe a Puri ! Une semaine de rêve dans cette petite station balnéaire de l’Orissa ! Puri est ce petit îlot ou l’on se sent en Inde sans vraiment y être. Ce qui m’a particulièrement frappé ce sont ses rues, leur calme et leur lenteur. Ici, comme nulle part ailleurs, véhicules, fumées et hystérie citadine n’harcèlent pas les passants, les touristes vagabonds et coureurs de chemins. Nous avons donc pu louer des vélos et nous balader sans problème dans la ville.

Notre challenge a été les 35 kms que nous avons parcouru pour aller jusqu'à Konarak …une idée de génie, la ballade fut superbe ! Avec Agathe nous avons épuisé tout le registre de la chanson française en s’égosillant sur nos vélos…Matt est désormais un inconditionnel de Brel et de Brassens ! Notre arrivée a Konarak aurait valu une belle photo : rouges comme des écrevisses, les fesses en compote (j’aimerais vous voir faire 35 kms avec des vélos ‘INDIENS’ !) et des tas de muscles en vrac ! Apres cet effort, voila que nos estomacs crient famines mais malins que nous sommes nous choisissons le pire des restos de toute la rue…on se contentera alors d’un jus de coco fraîche pour tenter de couronner ce repas « frugal » ! Puis une grande question existentielle sera résolue, je m’obstine a demander quelle est la différence entre une noix de coco verte et une noix de coco marron mais j’obtient au moins 6 réponses différentes ! (la véritable réponse a cette question est qu’il y a aucun diffrence, l’une est fraîche l’autre mure !). La visite du Sun Temple (merveilleux temple classé au patrimoine de l’Unesco) aura été périlleuse, Matt nous servant d’apprenti guide, notre fatigue se transformant en fous rires collectifs et nos jambes se faisant lourdes !

Non las de souffrir sur nos selles de béton, nous décidons d’organiser une nouvelle expédition pour le lendemain. Cette fois ci ce sera le village artisanal de Jhanugura ! Nous avons emprunté les petits chemins sinueux et improviser un itinéraire qui nous a finalement mené a bon port. La route était plaisante et ombragée et avec les paysages ruraux nous avons eu de quoi être charmer. Dans ce village tout le monde est artiste de génération en génération et tout le monde s’attelle à la tache ; gravures sur feuille de palme, poterie, sculptures….des gens bourrés de talent et qui vivent réellement leur métier avec passion. En tant que bons touristes nous craquons et succombons a notre tentation consumériste : nous repartons avec deux ou trois babioles !

Comme tous les soirs, Matt est le seul autorisé a aller acheter les bières (véritable hypocrisie sociétale, les femmes ne peuvent acheter de l’alcool en Inde…alors que dans les villages elles se saoulent au Mahula sans s’en cacher !). Nous demandons ensuite discrètement à notre copain le gérant de l’hôtel de les conserver au frais dans son frigo…et une fois les clients partis se coucher, nous pouvons alors les déguster paisiblement sous notre petit porche en paille ! Des débats politiques animes (si tu savais ma Cha j’ai tellement cracher sur la Golden team et j’ai tellement défendu José !), des jeux qui se terminent en bagarre générale, des grands questionnements tels qu’où va le monde ? nous tiennent jusqu’a très tôt le matin. Nous rentrons alors nous coucher dans notre dépotoir, notre chambre est un vrai bordel et d’une puanteur indescriptible (l’hôtel a quelques soucis concernant l’évacuation des sanitaires, vous voyez ce que je veux dire). Il n’en reste pas moins que ce petit hôtel est tout ce qu’il y a de plus sympa, la porte de la chambre donne directement sur la plage et son petit restaurant propose de nombreux plats succulents… des jus de fruits a gogo, des pancakes banane-chocolat, et pour couronner le tout Golden fish et Raita !!

Ce dimanche 12 octobre, Agathe nous quitte tandis que Matt et moi restons encore pour deux jours avant de rejoindre les villages. Nous faisons alors la connaissance de Lindsy une américaine et organisons un feu de camp sur la plage avec toute la clique des babos du coin. Nous faisons cuire le poisson a la broche et le dégustons tous ensemble. Une soirée bien sympatoche !

Notre grand amusement avec Matt a été de prétendre être tour a tour russe, thaïlandais et ougandais lorsque dix fois par jour les gens s’approchaient de nous pour nous demander « where do you come from ? ». On s’est inventé mille vies différentes, tantôt nous étions frères jumeaux, tantôt mari et femme, tantôt fermier dans le Texas ou marchands de cailloux dans le Gers !

Ce dimanche, en fin d’après midi, en tant qu’adeptes des champignons rissoles nous nous sommes risques a pénétrer la grande place du marche a vélo afin d’essayer d’en trouver de bien frais …Il m’est difficile de décrire l’effervescence de cette place. Y faire du vélo tient du défi, il faut se faufiler, esquiver, freiner, éviter, accélérer… D’un cote comme de l’autre se tiennent des rangées et des rangées de stands proposant bijoux, vêtements, légumes, fruits et babioles diverses… A n’importe quelle heure de la journée cette place est pleine de vie, ça grouille de monde, des prêtres enveloppes dans leur drap orange, des mendiants, des touristes indiens, des marchands de bric a brac… Nous nous arrêtons boire un fresh lime soda a un stand ambulant. Les verres sont déposés au niveau supérieur du chariot en bois sur un promontoire dédié à cet effet. Sur une vulgaire planche de bois, les citrons sont minutieusement ordonnes et les bouteilles de sucre de canne et d’eau gazeuses sont alignées … le petit marchand frappe, secoue et remue et en deux minutes voila que ce subtil mélange se transforme en une boisson fraîche et désaltérante ! la magie et l’art de la rue !

Enfin je ne pourrais vous décrire Puri sans vous parler de sa lumière, cette lumière surannée et irisée, une lumière intense et paralysante qui apaise, pacifie et repose. Des couchers de soleil comme je n’en ai jamais vu…

Mais toutes les bonnes choses ont une fin… en route maintenant pour les villages ! Nous l’avions pensé Matt et moi mais sans ose se le dire, nous avions pressenti que personne ne serait la ce mercredi 15 octobre 2008 a K.Singpur. Et oui après s’être tape une nuit de train, deux 2 heures de bus, nous arrivons au pied de l’office, le cadenas scellé, le vide complet autour de nous ! Voila une belle démonstration du sérieux du staff de GV sur le terrain! Ces gars sont des rigolos et avaient oublie notre arrivée !

Dure transition que fut celle-la : passer d’une ambiance sea, sex and sun a la morosité de l’office de K.Singpur, de repas délicieux de bord de mer a un dégoût compulsif pour la bouffe indienne, d’une forme d’athlète a un « je suis malade, complètement maladeeeeeee ! » ! Une fois encore, mon propos requiert quelques explications ! Et oui, je ne pouvais y échapper plus longtemps…il fallait bien que je test un jour la dure loi du tort boyau… c’est chose faite ! Je ne donnerai pas plus de détail sur cette nuit ou j’ai vomi sur les sacs et ce qui s’en suit …c’est très peu ragoûtant ! Je pensais aller mieux quand nous avons été lâché seuls dans la nature dans le village perdu de Lermuhin. Mais…les 7 kilomètres a pied qu’il a fallu faire pour atteindre ce village ont été le calvaire pour moi… une halte auprès de chaque ruisseau pour soulager mon ventre qui faisait des siennes ! et puis impossible d’avaler quoi que ce soit d’épicé.. alors diète pendant trois jours !… enfin mes problèmes intestinaux se sont transformes comme par magie en une angine et une rage de dent… Allongée sur ma natte je vous jure que j’ai rêvé bien des fois a mon lit et aux bras de maman !

Toutefois, en ce qui concerne les ennuis de santé, je crois que la situation dans ce village me conforte dans l’idée que je ne suis pas bien à plaindre ! Le jour ou nous sommes arrives, un officiel du gouvernement était la pour établir avec le village un nouveau plan gouvernemental nomme National Rural Health Mission. Ce programme prévoit l’assistance aux femmes enceinte en els encourageant a accoucher a l’hôpital. A la fin de la réunion, le type a déverse un sac empli de médicaments au milieu de l’assemblée : des flacons, des comprimes, des tablettes et tubes de crème recouverts d’une poussière noirâtre et pour la plupart déjà entames ! Voila a quoi se résume la politique gouvernementale en matière de santé : on distribue au compte goutte des médocs pérîmes en espérant que ça guérira quelques petits bobos ! Aucune prescription, aucune notices, aucune consultation… les villageois n’ayant aucune connaissance médicale je crains que l’automédication soit tout sauf efficace ! Pourtant ce village aurait bien besoin d’une attention particulière dans ce domaine, les maladies cutanées affectent de nombreux enfants et de façon sévère. Des petits bouts souffrent d’ulcères qui se déclarent sous la forme de boutons purulents sur le visage et sur le corps… parfois il m’était difficile de les regarder.

Le staff n’ayant que très peu de temps à nous consacrer nous avons été seuls dans les villages. Notre travail a été superficiel puisqu’il nous était impossible de communiquer. Nous avons tout de même pu organiser quelques meeting le soir et le matin quand Dav est venu a notre rescousse nous tenir compagnie quelques heures. Toutefois, nous avons tout de même apprécié passer du temps avec les villageois. Le simple fait d’être la et d’apprendre a regarder et a comprendre est déjà un exercice en soi.

Ce village est niche au creux d’une vallée au milieu de nulle part. La nature est partout, partout, partout. Tu te réveilles elle est autour de toi, tu manges elle est dans ton assiette, tu respires elle s’engouffre dans tes narines. Les champs respirent l’anarchie la plus totale, les cultures s’entremêlent et s’entrelacent, aucune limite, aucune frontière.

Les enfants font des dessins sur les murs des maisons, la naïveté est vie ici. Les rires des chérubins s’envolent au loin, le bruit de la hache saillante rythme le temps et les femmes assises dans l’entrebaillements des portes ont toujours ce sourire raffiné et juste à offrir. Au dessus de la balustrade en bambou j’aperçois petite fille qui pompe l’eau à la fontaine. Ces petits bras frêles cramponnent la barre de fer et la font danser de bas en haut. Un peu plus tard tout le monde s’attroupe autour d’elle : c’est l’heure de la collecte d’eau du soir. Un petit garçon vient de nous offrir deux poignées de Mokka (mais grillé) tout chand. Il les avait caché dans le creux de son châle. Les enfants ont cette habitude de faire de leur foulard leur petite réserve, leur grenier a gourmandise, leur caverne d’Alibaba.

Nous avons partage des moments de convivialité incroyables avec les villageois comme cette partie de carte a laquelle nous avons joué tous ensemble agroupes autour d’une lampe a huile. Les yeux des enfants pétillaient et grands comme petits étaient tous pris au jeu. Et cette ballade dans les champs ou nous avons été oblige de courir pour fuir une ruée d’abeilles ou ce combat de pierre contre le serpent…des bonnes parties de rigolades !



Un soir nous sommes allés rendre visite au village voisin. Munis de torche nous avons arpentés les sentiers de nuit, le ciel étoilé comme seule boussole pour nous guider. Arrives au village les enfants étaient assis en rond sur des petits tas de fagots et mangeaient autour de petits feux. Apres le repas ils se sont attroupes dans la maison de Bosco, l’instituteur improvise, pour une séance d’écriture. Nous ne pouvions entrevoir que leurs ombres et leurs visages a demi éclairés. L’école ici se fait dans la pénombre. Mais peu importe, il suffit de voir dans leurs yeux la fierté de pouvoir écrire sur leurs ardoises avec leurs craies pour comprendre que les petits ruisseaux font les grandes rivières !