C’est le Coeur gros et la larme a l’œil que je viens vous conter mes dernieres aventures! J’ai tout perdu…et depuis ce matin je suis definitivement a nu! Des eclaircissements a ce message brumeux, ils arrivent tenez vous prets…

Gare de Gorakphur, 2h30 du matin… nous attendons le train qui a 2h30 de retard, j’ai tres mal digere un samosa, je dois courir aux toilettes sans porte toutes les deux minutes, je m’affale sur mon sac, enleve ma sacoche qui ecrase mon ventre ballone et somnole… tchou tchou le train est enfin annonce…vite vite j’enfile mon gros sac, je ne perd pas Matt des yeux, la cohorte de voyageur se bouscule, je suis dans les vapes… ET… j’oublie ma sacoche sur le quai!

La sacoche, oui la fameuse sacoche! Cette sacoche insignifiante l’air de rien mais qui recele un certain nombre de tresors…Clementine l’ecervelee en fera les frais…elle a perdu son passeport, son visa, sa carte bancaire, son appareil photo, son porte-feuille, ses clefs usb, son couteau suisse… et son journal de bord a qui elle racontait ses aventures depuis pres de six mois! Economiquement parlant je dirais que c’est une lourde perte, sentimentalement parlant un deuil a porter!

Je passe une nuit paisible dans le train… mon ventre se remet de tous ses etats… on se reveille doucement…L’envie me prend d’ecrire, tiens donc mon crayon est dans ma sacoche et ma sacoche est… !!! Et c’est le drame! Je met le vagon sans dessus dessous… rien a faire… Je ne met pas de temps a analyser la situation… decidement je colle definitivement a ma reputation et je ne pourrais prouver a papa maman qu’ils ont tort…mais ou ai-je la tete?

Je court a la recherche du controleur…j’essaie de ne pas perdre mes moyens…il ne parle evidemment pas anglais, des gestes suffiront a traduire la situation …jappelle trente six mille numeros, bien sur personne n’est dans la mesure de repondre a mon probleme…y’a t’il seulement un probleme? Lol . Desesperee je me met alors a prier le ciel, c’est vous dire…

Une lumiere ou plutot du bon sens… Appeler l’ambassade…Je me depatouille tant bien que mal en squattant les portables d’indiens adorables qui m’offriront une communication au prix de mon sourire et de mes quelques pleurs. Je retourne m’asseoir a ma place et …surprise! une horde de journalistes s’agroupent autour de moi…je n’ai pas le temps de dire ouf, les flashs en plein dans les yeux… clem la sans papiers dans la boite … Je ferais sans doute la une de la page des faits divers du prochain numero du journal local!

Un voyage pesant, long, inquietant… Nous arrivons a Delhi a 19h30. Je file directement au poste de police faire ma declaration de perte…Un veritable theatre comedia del arte, une collection de bonhommes en uniforme vert tous plus fous les uns que les autres, un bureau de police surrealiste! 2h00 pour remplir un papier…le temps de se faire offrir deux tchai par le sous-sous-sous commandant employe pour palier l’appetit ogresque des lieutenants et autres grades… un defile de paperasse, un traffic d’armes, des signatures manquantes, mon cas n’est qu’une goute d’eau dans l’ocean des considerations de l’armee delhienne! Bref je ressort avec ma deposition… Mon unique moyen de faire valoir ma regularite sur le territoire! Reste que si je ne suis plus une « identityless » je demeure une « moneyless »… je m’endette aupres de mon americain, le comble en ses temps de banqueroute etatsunienne non? Nous trouvons un hotel cracra mais pas cher, ou les rats longent les murs et le proprietaire vous rote au nez. Je dois a la premiere heure demain matin me rendre a l’ambassade… Matt prend lui le bus direction Jaipur pour le marriage!

Une journee de galere, jai principalement passer mon temps a courir entre le telephone et la banque… Une nouvelle fois un grand merci aux parents pour leur patience, leur comprehension et leur disponibilite… jai envie de le dire promis c’est la derniere fois mais…

J’obtiens mon argent grace a l’honnetete et la professionalite du gerant de la western union… parce que oui, comme mon identite est seulement provisoire il m’etait impossible de recevoir de l’argent. Au bout du compte je lui fait confiance, cest lui qui recoit mon argent… il me le remet en me disant avec le sourire : « take care and keep your head! »

Delhi seule j’etouffe! je file rejoindre mon americain…hop je saute dans le premier bus! On se retrouve le soir meme, on mange un bon gros thali et on retrouve tous les deux le sourire. Le marriage …une blague… moi meme jai du mal a y croire! Vipin, « l’invitateur officiel », frere de l’hypothetique marriee sest casse le cou il est donc actuellement au gujarat a quelques 200 kms du lieu ou se trouve le soi-disant marriage… allez vous croire ca? Rater le marriage de sa sœur pour une vertebre deplacee dans un pays ou le marriage a une telle signification et est un tel etau familial…impossible! D’apres nos theories, plusieurs possibilites : il n’y a jamais eu de marriage et Vipin est un megalo manico-menteur, un drame est en train de dechirer la famille et il veut nous epargner le scandale ou enfin Vipin est un grand bebe a la limite de l’hypocondrie…

Toujours est-il que nous avons parcouru des kilometres et des kilometres, attendus des heures dans les gares et paumer nos papiers pour aller jusqua ce p… de marriage au rajasthan… ca sent le plan foireux indien a plein le nez, l’imprevisible imprevisibilite, le fameux credo « Let see what happen »! Avons nous a ce point des tetes de ‘Jerk’?? Je comprend maintenant de mieux en mieux pourquoi l’ambassade de France a embauche a plein temps un psychiatre… L’inde rend belle et bien fou!

On en rit, on passe au dessus, et maintenant que l’on est a Jaipur et bien profitons en. On soudoit le receptionniste de l’hotel pour qu’il m’autorise a rester malgre l’imprecision de mon statut consulaire… chuuut le manager n’en sera rien! Du coup il faut qu’on se leve a 6h pour quitter l’hotel avant que le boss se ramene… Jaipur au lever du soleil…jai enfin trouve l’inde D’Alladin, les palais des grands Raj, la ville rose, les chaussures pointues, les tissus brillants et colores, le chech dresse sur la tetes des octagenaires barbus, le minaret et l’appel a la priere… Une ballade matinale, nos dernieres foulees touristiques, l’ultime echange de sensations en terre inconnue…

La boucle est bouclee, j’ai rencontre Matt un certain 13 aout 2008, je l’ai quitte un certain 13 decembre 2008 au petit matin…une clem en lambeaux … Pas laches d’une semelle depuis 4 mois, 24/24, un partenaire de travail, un compagnon de route…une amitie indescriptible, un attachement fusionnel, un reve que nous n’avons jamais laisse devenir realite…

Une perle d’amerloc, elle repart vers l’ocean…

L’Inde a ete jusque la NOTRE aventure, a moi maintenant de la faire mienne…