C’est par le chant du coq que l’on est reveille a Kanda. Et c’est avec grand peine qu’il faut sortir des bras de Morphee, plus rassurants et confortables que le froid sec et saississant d’une matinee hivernale. Heureusement la tasse de tchai, premiere d’une serie qui rythmera nonchalamment la journee, et son effluve chaleureuse me fontt sortir la tete du nid… il est 8hoo. La famille Verma s’active deja depuis une bonne heure, le quincaillement des gamelles, la soupape de la cocotte minute, le belement des chevres entetees et gourmandes, la toux roque du patriarche et les aller et venus des enfants dans la cour… Les cheveux ebouriffes caches sous mon bonnet, lequel profondement enfonce sur ma tete afin de ne laisser passer aucun filet d’air mesquin qui pourrait s’amuser a me chatouiller les oreilles en ces matins frileux, je sors de mon antre et me fait accueillir comme il se doit par Dame Nature. Vigoureuse et sereine, apaisee et pleine d’assurance, la montagne resplendit et s’adonne aux folies evanescentes de la brise legere qui lui caresse langoureusement la chevelure. Sur ses flancs, les champs en terrace dessinent avec impertinence des lignes sinueuses qui s’amusent a perdre nos regards dans l’immensite tapageuse de matins embrumes. Le feu est allume et les braises sont regroupees dans de grandes coupelles en fonte autour desquelles les plus frileux s’assoient et se rechauffent les mains. Il est impossible de ne pas les cris percants de la Mere, la Mater et sa voix aigue qui helle sa progeniture. Cette derniere s’execute, la belle-fille est aux fourneaux, tandis que le fils ramene le betail et la niece collecte le composte.

Je prends un balai, un amont de brindilles ficelees, et je nettoie la cour principale en epoussetant les epluchures des cacahuetes, les papiers de bonbons jetes ‘innocemment’ par les enfants et les debris amonces au fils des bourrasques de vent. Le petit dejeuner est servi, nous nous regroupons dans la maison des Verma… du riz compact accompagne de dal et d’une sauce epaisse assez douteuse … un repas qui vous scelle l’estomac pour une bonne partie de la journee! Personne ne dit mot, on mange en silence et on engloutit son assiette. Le petit Gottam se presse, il doit enfiler son uniforme, nouer sa cravatte et preparer son cartable. Fin prêt et affuble de la tete aux pieds tel l’ecolier modele, le voila parti, vagabondant dans les sentiers sableux. Les macons arrivent, la pelle sur l’epaule, la motivation aux fonds de chausettes. Nous prendrons les chemins de la carriere, c’est la qu’il y a du cailloux a ressasse! L’hiver n’est pas la saison propice aux travaux dans les champs, ceux-ci se reposent de la recolte derniere et se laissent bercer au rythme de la jachere et de ses prairies vertes. Je ne m’initierais donc pas au wwoofing(world wide organic organization of farming) a Kanda (ce n’est que partie remise, l’Espagne m’en reservera l’exclusivite!) mais en revanche je muscle mes petits bras en participant aux travaux de maconnerie. D’abord la construction de murs… (pas tres droits), les beches de ciment, et le transport de parpins… puis le tamissage du sable de la riviere et enfin les coups de pioche. Ne vous laissez surtout pas impressionner, excusez l’expression mais …s’il arrive que des gouttes de sueur perlent sur nos fronts, il s’avere que l’adage ‘grands mouvements, petite vitesse” est plutot la constante. C’est a ce moment précis, après avoir commence depuis a peu pres ¾ d’heure a travailler qu’intervient la deuxieme pause tchai! Les scores sont annonces. Mes trois collegues robustes tendent l’oreille, le commentateur du tournoi de cricket fait fumer le haut parleur dont les gresillements s’emparent de toute la vallee. Dapolasera contre Kanda, un duel de choc, les supporters sont tenus en haleine, les amateurs se lechent les babines, c’est du direct pendant toute la journee!

A Kanda, je transgresse les lois du genre… pourtant bien etablies! Il m’a ete gentiment propose le soir du 31 decembre de deguster un verre de rhum ambre, une “recreation” propement masculine et reserve a ces moustachus soucieux de preserver leur pre carre afin de cantonner le “deuxieme sexe” au bas du classement. Je me suis mordue les levres pour ne pas leur demender : Et ces Dames en train de vous preparer un festin dans la cuisine n’aiment-elles pas le rhum elles aussi? oups, suis-je bete sans doute sont-elles allergiques! Oui ca doit etre ca! Nous ne saurons jamais assez vous remercier messieurs de nous eviter les mefaits de l’alcool et de leurs airs titubants, de leurs etoiles ennivrantes et de leur odacites libertaires! Bon je vous l’accorde, meme s’il m’arrive d’etre une hors la loi… je suis toujours la volontaire designee pour aider a la vaiselle ou eplucher les pommes de terre! Non que je me complaise dans ce role mais j’avoue il me permet de vivre de beaux instants de vie avec les femmes et peut etre de les comprendre un peu mieux.

La belle-fille, ah! ce personage intrigant et mysterieux qui m’inspire une empathie assez deconcertante, un sentiment qui oscille entre la compassion et la pitie. Confinee aux taches menageres les plus ingrates, cloitree la majeure partie de son temps dans la cuisine, la petite princesse, la mariee de 21 ans, est la piece rapportee (pour la famille Segretain je dirais meme la “valeur ajoutee”) qu’il est bon d’avoir sous son toit. Ah vous voulez decouvrir l’Inde rurale, la VRAIE Inde aux dires de Mr Verma, venez sejourner a Kanda, vous comprendrez que “Social Elevation” ne rime pas avec parite ou egalite Homme-Femme

Le petit tour traditionnel au marche de Kanda…un approvisionnement regulier en biscuits secs peu ragoutants mais qui me font malgre tout saliver et qui rassasie mes envies frenetiques de sucre! Je retiendrais de Kanda et de ROSE les legumes bio du jardin , ses plats epices, le livre que jai devore la-bas (que d’ailleurs je conseille a tous lecteurs qui se respecte : “The world according to Garp”), le chant Palome Palome et …tant d’autres choses qu’il me tarde de vous conter.

…Un coup de telephone… la bonne nouvelle tant attendue! Arthur est ne ce 2 janvier 2009 pour le plus grand bonheur de la famille Duval-Comer! Un pincement au coeur, cette culpabilite lancinante, etre loin des siens en ces moments familiaux si importants. Une soeur que l’on ne peut serer dans ses bras, la fatrie epprouvee… un je vous aime qui s’effiloche dans les echos du telephone mais qui n’en demeure pas moins vivace…un mois de mars que l’on reve en cachette sans veritablement se l’avouer…

Cf : Quelques petites references - Un petit tour sur le site de ROSE … Tapez ROSE Kanda sur google - Le “Deuxieme sexe” de S. de Beauvoir - Wwoofing