Preambule




Apres deux mois de vadrouille, me voila revenue a Gram Vikas avec …un tampon faisant office de Visa obtenu après une longue lutte avec les services administratifs indiens. Les dedales de ce labyrinthe auront eu le merite de me faire relativiser la lenteur et la complexite de notre chere administration et de parfaire mon jugement sur ce pays : it’s crapped!




Deux mois de tribulations, j’en ai moi-meme perdue la tete!

Au fait…Happy New Year

Et Bonne lecture




Introduction




Les costumes sont rangees, les gresillements de la sono ne resonnent plus que comme souvenir, tous les invites ont quitte les lieux et tout les “Gramvikassiens” ont retrouve leur bureau…Un vent de nostalgie souffle sur le campus de Mohuda…




La magie nous a joue ses tours, et l’atmosphere a pris l’allure d’un camp de vacances a echelle “indienne”. Ce sont plus de 3500 personnes qui se sont reunies ces deux derniers jours pour celebrer le 30ieme anniversaire de la naissance de Gram Vikas. Grands discourse et recompenses, la grande “Cour” a ete accueillie avec reverence, tour a tour les pontifes entoures de leur masacarade sont venus feliciter le travail realise par Gram Vikas ces trente dernieres annees. Les guirlandes de fleurs decorant l’estrade, les neons projettant une lumiere psychadelique, nous voici dans le monde pheerique du Happy Birthday a echelle “indienne”!




Gram Vikas : le retour~ episode 1




Un premier pas dans le campus, une longue bouffee d’air, et un “ahhh enfin je suis de retour”! Puis s’en suit ce sentiment deconcertant, c’est comme si je n’avais jamais quitte les lieux, et pourtant tout me semble different. Je me sens soulagee, comme arrivee a destination, la ligne franchie après une course folle. J’erre dans le campus, toujours ce calme, cette tranquilite …ce breuvage que je peux inguriter sans moderation …mais paradoxalement il faut retrouver ces reperes et remettre le pied a l’etrier, renfiler le costume, et…remettre le masque que m’impose la langue anglaise. Pourtant je le sais, je suis la et cette fois ci je ne compte plus decamper avant la fin de mon stage mi-mars! J’aime trop cet endroit, l’ambiance qui y regne, le sourire de Kumari, la dame au balai magique, les dictons de Jacob, la nouriture de notre chef Nana et la poussiere des allees ombragees du campus qui caresse mes orteilles a chacun de mes pas. Et puis ce soleil, le soleil rugissant de l’orissa qui fait brunir ma peau…




Je le crie desormais haut et fort, l’Orissa est la plus belle region de l’Inde, mes dernieres heures de mon lonnnng trajet en train Delhi-Berhampur (34 heures eprouvantes…imaginez juste un instant partager votre couchette avec des hommes imposants a la barbe blanche appartenant a l’une de ces sectes spirituelles et qui chantent d’un air monotone la grandeur de leur gourou a longueur de temps!) ont ete pour moi l’occasion d’apprecier une fois de plus la beaute de ces contrees sauvages. Le vert a disparu, le peintre a change de pinceau, les rizieres verdoyantes juveniles sont devenues des champs de terre brunie ou poussent de petillante fleurs jaunes.




Je cours de maison en maison pour announcer mon arrivee, Clementine et son Visa sont de retour! mais…pas le temps pour la parlotte et les longues explications… tout le monde s’active, s’agite, s’evapore…Pareil a un geant essaim d’abeille, ca vole, ca butine, ca Bzzzz de toute part…Je ne met pas de temps a comprendre que l’ambiance est tendue et que la tension monte. C’est la derniere ligne droite, nous sommes exactement le 18 janvier, plus que quatre jours avant le jour J… le Gram Vikas’s Happy Birthday!




Une semaine de collocation avec Anna, la volontaire finlandaise avant de poser tout mon campement… a la maison! Un moment de bonheur, mes retrouvailles avec la room number 8, mon petit chez moi! Si dans mes veines coulent la soif de voyages, je suis desormais certaine que j’appartiens a la categorie des sedentaires, deux mois de nomadisme m’ont prouver qu’il fait bon vivre au village!




Voila deja une semaine que j’ai retrouve ma grande famille! Gobardan mon professeur attire de Yoga, Vipin le charmeur officiel et toute la tribu de volontaires. Les habitudes dont on pourrait croire qu’elles portent avec elles tout le poid de la monotonie et de l’ennui sont bien au contraire appreciables, les pauses tchai de 10h30 et de 15h30, le sitting devant les marches de ma chambre pour boire une biere et commerer, le lassi de Berhmapur, le mmeeuuu des 44 vaches du campus a l’aube…




Venons-en a l’equipe de volontaire, une presentation rapide pour que vous ne soyez pas perdus dans mes prochains mails quand je vous parlerais de mes aventures trepidantes en compagnie de mes comperes:

- Lena, l’allemande qui n’aime pas la biere … et qui n’est pas blonde aux yeux bleux. La princesse du campus, a l’humour sarcastique et a la replique spontanee...et pas toujours tres diplomate. Elle trouve comme moi que parfois certains aliments ont le gout de l’odeur. Son humeur varie en fonction de la quantite de sucre et de graisse accumules dans son sang, un seul biscuit au chocolat et la voila de nouveau toute guillerette ! Beaucoup de fous rire toutes les deux, aller j’ose le dire… c’est ma “copine”

- Hyungjung, la korenne, son slogan est : on doit commencer Berhampur par une touche sucree! Elle a la phobie des grenouilles et parait-il qu’elle a reveille tout le campus une nuit en apercevant l’affreuse bebete dans sa sale de bain!

- Anna, la finlandaise, quadrilingue et fumeuse de cigarette aux cloux de girofle. Elle ne tient pas en place et s’ennuie vite. Elle complote beaucoup et est le principal vehicule des commerages dans le campus!

- Kigan, le canadien au rire communicatif. Ses nerfs sont mis a vifs par le caractere imprevisible de ses collegues du biodiesel office. Contrairement a Lena il adooore la biere et pareillement a la demoiselle il adoooore manger!

- Louise et Claire, la premiere canadienne, la seconde anglaise, deux habituees de Gram Vikas, deux retraites qui ont encore 25 ans dans leurs tetes et qui profitent de leur temps libre pour filer un coup de main de temps en temps. Des amoureuses de l’Inde aux coeurs charitables, nos deux grands-meres preferees!




Vous voila maintenant au clair avec la cohorte des peaux blanches de Mohuda.




Quelques dernieres anecdotes : les arbres du campus ont perdu leur feuille, je le surnomme desormais the naked campus. Pendant mon absence, Kigan a essaye de faire son vaillant en tentant d’en venir a bout avec le cobra qui rodait dans les allees brousailleuses du campus, Anna a fait connaissance de Messieurs les scorpions, et les thermites ont construits des pyramides geantes un peu partout…la faune et la flore pullulent ici!




Vous l’aurez compris, je me porte a merveille ici et suis en bonne compagnie..reste a definir avec ma maitre de stage mon prochain objet de recherche et …en route pour les villages.




Gram Vikas : pour Gram Vikas hip hip hip, pour GV hip hip hip, pour GV hip hip hip houraaa~ episode 2




Les stands ne sont pas prets! il nous manque le rouleau de scotch! un meeting a lieu a 14h30!!! J’observe et le rigole, l’organisation n’est decidement pas le fort de mes amis les indiens! Mais soyons modestes, pourrait-on faire mieux si l’on devait accueillir plus de 3500 personnes sur un terrain de cricket pendant deux jours!




Les 22 et 23 janviers, Gram Vikas a soufflé ses 30 bougies! Felicitations Mr Joe! Anniversaire fete comme il se doit, pas de grand faste, la simplicite et la convivialite cheres a Gram Vikas ont suffit pour faire de ces deux jours un evenement memorable.




Des gouttes de sueur ont coule de beaucoup de fronts pour preparer un tel evenement. Chacun a mis la main a la pate, un petrissage collectif, une lecon de cuisine assez brouillon mais qui au final a porte ses fruits : nous avons tous apprecie le festin! D’abord les badges et les tickets repas, un dimanche passé a couper, dechirer, cliqueter! Ensuite, deux jours de peinture a l’Art Section, nos compagnons les artistes sont debordes ! Lena doit alors joue le role du macon, Claire celui du tailleur et moi celui du Gold smith! (je ne m’etend pas plus sur le sujet, les photos seront assez explicites!). Vous l’aurez compris, la semaine ne fut pas de tout repos, mais qu’importe la fatigue a donne lieu a de bonnes bosses de rire!




La ceremonie est ouverte, tout le monde est reuni sous le grand chapiteau, les applaudissements resonnent a des kilometers a la ronde, la communaute Gram Vikas est comme qui dirait personnifiee, la, en chaire et en os…la levee de drapeau, le discours de Joe…les coeurs battent, l’emotion est a son comble, et ce message : ne nous contentons pas de regarder en arriere mais continuons d’aller de l’avant.




Difficile d’en croire ses propres yeux : des milliers de saris, des tonnes de riz et des heures et des heures de musique, de danses et de chants! Des representants de tous les villages avec lesquels Gram Vikas travaillent sont presents ; ces villageois le sourire aux levres et si contents d’etre les heureux invites de ces deux jours de festivites. Le gouverneur de l’Orissa (qui soulignons le ne parle pas Oriya, ne cherchez pas a trouver la logique, il n’y en a pas), accompagne de sa cohorte de gardes du corp, a fait son speech (il ne saurait vous mentir si je vous dit que c’est Christine qui la ecrit quelques jours plus tot!), un prix est remis a Joe. Les volontaires sont de service pour s’occuper des VIP, cette gente aux jambes trop flemardes pour marcher du campus jusqu’au terrain, ces funding agencies, enterprises de charite!! Cela nous aura valu l’occasion de fuir pour quelques heures le gresillement incessant des haut-parleurs et ce tube qui tourne en boucle au point de vous render fou!




Gram Vikas a recu les plus honorables felicitations et encouragements, la reconnaissance d’un travail de longue haleine, des obstacles franchis, du chemin parcouru et de ses nombreuses reussites. La fete est deja finie, Gram Vikas a pris une ride…Au dela de tout cela, que faut-il finalement retenir? Pour ma part, ce sera cette phrase ecrite par un villageois sur le “memory wall” : “When there is no God, it’s still there Gram Vikas”.